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MEDICAL ET REEDUCATION DES TENDINOPHATIES Docteur Ivan PROTHOY
Médecine et Traumatologie du sport
Sous le terme de tendinopathies, on regroupe
des lésions diverses, telles que tendinopathies d’insertion ou corporéales, de
péritendinite ou encore de tendinopathie nodulaire. Dans le cadre de la médecine
du sport, après avoir éliminé les formes d’origine métabolique ou inflammatoire,
ces lésions surviennent par hypersollicitation du complexe musculo-tendineux.
Nous verrons successivement les facteurs favorisants puis les principales techniques
thérapeutiques, médicales et réeducatives. 1. Facteurs favorisants
On distingue des facteurs intrinsèques : • Age • Altération
de l’état général • Troubles morphostatiques • Défaut d’extensibilité
musculo-tendineuse • Déséquilibre musculaire entre agonistes et antagonistes
(coiffe des rotateurs, ischio-jambiers,…) • Contexte métabolique défavorable
(hydratation insuffisante, consommation excessive de protéines, caries dentaires)
et des facteurs extrinsèques : • Matériel inadapté • Erreurs techniques
• Surface de jeu • Erreurs d’entraînement • Infiltration dans le
corps du tendon • Consommation de fluoroquinolones, de roaccutane.
La quasi-totalité des lésions surviennent sur une répétition de travail musculaire
excentrique (Contraction musculaire au cours d’un allongement du muscle),c’est
à dire lors d’une activité freinatrice du mouvement. Ces lésions sont classées
en 4 stades selon Blazina : Stade 1 Douleur survenant après l’effort
sans répercussion sur l’activité sportive Stade 2 Douleur en
début d’activité disparaissant après échauffement et réapparaissant après l’exercice
Stade 3 Douleur pendant et après l’activité avec altération progressive
des performances sportives Stade 4 Rupture tendineuse Le traitement
sera d’autant plus efficace qu’il intervient tôt dans l’histoire lésionnelle.
Le traitement conservateur est efficace dans les stades 1 et 2. A partir
du stade 3, il devient plus aléatoire. Il associe traitement médical et rééducation.

2. Traitement médical Son objectif est de lutter contre la douleur.
Il associe repos relatif, traitement local ou per os à visée antalgique ou anti-inflammatoire.
L’immobilisation stricte est contre-indiquée car elle va à l’encontre des facteurs
favorisants la cicatrisation tissulaire. En effet, il faut entretenir l’activité
des mécanorécepteurs afin d’éviter une sidération musculaire réflexe. De plus,
la réalisation de tractions permet d’orienter la cicatrisation tissulaire et de
stimuler les fibroblastes qui synthétisent le collagène. Ces tractions peuvent
être passives (étirement) ou actives (travail excentrique), sans pour autant être
iatrogènes pour le tendon. 3. Traitement rééducation Son
objectif est de favoriser la cicatrisation tendineuse et de reprogrammer le complexe
musculo-tendineux pour la pratique sportive. En cas de douleurs aiguës, on s’oriente
vers des techniques antalgiques : cryothérapie, électrothérapie antalgique, ionisations.
Ces techniques sont complémentaires du traitement médical. La rééducation débute
réellement après la phase aiguë passée. Elle associe : • Des techniques visant
à améliorer la vascularisation locale ( massages transverses profonds, travail
musculaire prolongé concentrique, c'est à dire avec contraction musculaire au
cours d’un raccourcissement du muscle, à faible résistance) • Des étirements
passifs effectués de manière progressive. • La réalisation d’ultrasons pour
leur activité défibrosante. Ce protocole est souvent suffisant dans les stades
1 et 2. Au stade 3, on préconise l’utilisation d’un protocole de renforcement
musculaire excentrique à vitesse et résistance progressivement croissantes, selon
la technique de Stanish. Ce protocole doit être encadré par une équipe médicale
ou paramédicale, du fait de la possibilité d’aggravation des lésions. Il demande
rigueur et discipline de la part du sportif. L’activité sportive iatrogène est
interdite pendant toute la durée du traitement. De plus, pour avoir une activité
trophique bénéfique sur le tendon, ce travail doit être prolongé dans le temps.
Détail du protocole de Stanish: On débute le travail excentrique quand l’étirement
passif du complexe musculo-tendineux est devenu est devenu indolore. Il demande
3 séries de 10 répétitions, qui s’effectue à vitesse et résistance progressivement
croissantes. La survenue de douleurs en fin de 3ème série est souhaitable pour
Stanish (no pain, no gain). La séance est précédée de 10 minutes d’échauffement
et d’étirement léger, et se termine par des étirements plus marqués et une séance
de cryothérapie. Délai de récupération : 4 à 6 semaines suffisent en général,
pour des lésions de stade 1 ou 2. Le stade 3 demande 3 à 6 mois d’arrêt d’activité
sportive. 4. Prévention des récidives Elle repose sur les
éléments suivants : • Correction des troubles morphostatiques quand la relation
de cause à effet a pu être déterminée, lutte contre les rétractions musculo-tendineuses,
correction des autres facteurs favorisants. • Amélioration de la résistance
à l’étirement du complexe musculo-tendineux pour qu’il puisse supporter les contraintes
mécaniques engendrées par la pratique sportive. • Contrôle de l’activité
musculaire excentrique réalisée par le sportif (notamment association d’exercices
de musculation en travail excentrique ou pliométrique avec une pratique sportive
riche en travail musculaire excentrique) • Diminution de la sollicitation
en étirement du complexe musculo-tendineux en modifiant le geste technique ou
grâce à l’utilisation d’orthèse. 5. Conclusion La prise
en charge des lésions tendineuses du sportif doit lui permettre de récupérer une
mobilité et une motricité compatible avec la reprise de son activité. Le traitement
de la douleur est essentiellement médical. Le protocole de renforcement musculaire
excentrique doit prendre place dans le traitement des lésions tendineuses du sportif
au même titre que les méthodes habituelles de rééducation. Il demande cependant
temps, rigueur et discipline de la part du thérapeute et du patient. L’intérêt
de ce travail est majeur dans les suites de chirurgie ou dans les atteintes tendineuses
de stade 3, mais la lourdeur du protocole nous pousse à éviter sa prescription
dans les stades 1 et 2. 6. Bibliographie FYFE I., STANISH
W.D. The use of eccentric training and stretching in the treatment and prevention
of tendon injuries. 1992, Clin Sports Med MIDDLETON P., PUIG P.L., TROUVE
P., SAVALI L. Rééducation des lésions musculaires et tendineuses. Mars 2000, Médecins
du sport, 34, 13-24. MIDDLETON P., PUIG P.L., TROUVE P. Les effets du
travail musculaire excentrique. 1994, Act. Reed. Foc. and Réad., Masson Ed., 19,
22-27. MIDDLETON P. Traitement médical et de rééducation des tendinopathies.
Mai 2000, Sport Med, 122, 22-23. STANISH W.D., RUBINOVICH R.M., CURUMS
S. Eccentric exercise in chronic tendinitis. 1986, Clin Orthop, 208, 65-68.
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