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L'ENTORSE DE CHEVILLE
Docteur Ivan PROTHOY

L’entorse de cheville, un mot qui cache bien des maux.
L’entorse de cheville est l’un des accidents les plus fréquents (environ 6000 entorses/jour), et pourtant, elle entraîne dans 20% des cas soit une instabilité, soit une douleur chronique. Nous parlerons de l’entorse du plan externe de cheville, de loin la plus fréquente.

Rappels anatomiques
La cheville a une double fonction : statique d’appui au sol et dynamique de propulsion. Les forces sont transmises par le biais du tibia essentiellement sur l’os dénommé talus, qui fait office de relais vers le talon et l’avant pied. La stabilité, en particulier en cas de sol irrégulier, est assurée par un système ligamentaire interne et externe. La transmission des forces verticales crée naturellement un déséquilibre du pied vers l’intérieur, compensé par un puissant système ligamentaire interne. L’équipement ligamentaire externe est lui beaucoup plus fragile, car moins souvent mis en tension. Le ligament latéral externe est formé de 3 faisceaux, comme on le voit sur la figure 1.

Mécanismes des lésions
Dans l’entorse externe de cheville, la plante du pied regarde en dedans de manière forcée, ce qui étire ou rompt les faisceaux ligamentaires (figure 2). Si seul le faisceau antérieur est étiré, on parle d’entorse bénigne. Si le faisceau antérieur ou moyen est rompu, on parle d’entorse de gravité moyenne. Si les 2 faisceaux sont rompus, on parle d’entorse grave.

Traitements
Les premiers jours, l’association glaçage, mis au repos, surélévation de la jambe pour chasser l’œdème, et contention par une chaussette ou des bandes donnent les meilleurs résultats. Figure3 La cheville est ensuite réexaminée au mieux vers le 3éme ou 4éme jour, pour évaluer la gravité de l’entorse. Si celle-ci semble bénigne, un simple strapping suivi de soins de kinésithérapie pour éviter les récidives suffisent. Le sport est repris vers la 3éme semaine post accident. Figure 4 Si celle-ci semble de gravité moyenne, une orthèse stabilisatrice et prescrite pour 3 semaines à porter jour et nuit, puis des soins de kinésithérapie sont entrepris. L’orthèse est ensuite portée de jour uniquement encore 7 à 21 jours, avant la reprise du sport qui s’effectue entre 4 et 6 semaines après l’accident. Si celle-ci semble grave, l’orthèse est portée jour et nuit pendant 6 semaines, suivie d’une rééducation intensive. Pour certains auteurs, une botte en résine (botte plâtrée) peut être utile dans certains cas. Le sport est repris à 2 mois de l’accident initial. La rééducation après lésions est un temps essentiel du traitement et ne saurait être oublié.

  
                                Figure 3                                                                     Figure 4

Faut il pratiquer des radiographies ?
Devant le moindre signe de gravité, ou chez l’enfant, OUI. En effet, 12% des entorses de chevilles étiquetées aux urgences sont en fait des fractures. De plus, les entorses chez l’enfant sont assez rares, les arrachements de l’os étant beaucoup plus fréquents (zone de faiblesse). Selon les critères de la conférence de consensus d’Ottawa, les radios doivent être faites chez un patient âgé de plus de 55 ans, ou s’il y a incapacité immédiate ou à distance du traumatisme à faire 4 pas, ou si l’une des zones colorée suivantes est douloureuse. Figure 5

Quels sont les diagnostiques simulant l’entorse de cheville ?
• Entorse du ligament entre le tibia et le péroné (nécessite une botte plâtrée ou une intervention chirurgicale) figure 6
• Fracture de la pointe de malléole latérale figure 7
• Fracture d’une partie du talus (nécessite une botte plâtrée ou une intervention chirurgicale)
• Rupture du tendon d’Achille (nécessite le plus souvent une réparation chirurgicale assez rapide).
• Arrachements osseux du 5éme métatarsien par traction du tendon péronier (nécessite une botte plâtrée ou une intervention chirurgicale)
• Luxation des tendons péroniers (nécessite une botte plâtrée ou une intervention chirurgicale)
• Arrachement du cartilage du talus, souvent associé à l’entorse (traitement chirurgical si fragment déplacé, botte plâtrée sinon)
figure 8

                   
                        Figure 6                                                                Figure 7

                                 Figure 8

Conclusion
L’entorse de cheville est une lésion certes très fréquente, mais elle cache bien des complications ou d’autres lésions. Il est donc important de la traiter avec soin et de faire établir par un médecin spécialiste un diagnostic de certitude précoce, afin d’éviter d’éventuelles séquelles toujours plus difficile à traiter à distance de l’accident.