REEDUCATION
DES LESIONS ISOLEES DU LCA TRAITEES CHIRURGICALEMENT Docteur Ivan PROTHOY
Les objectifs de la rééducation sont les suivants
:
• Lutte contre l’inflammation
(glaçage, physiothérapie, surélévation du membre, anti-inflammatoires) •
Renforcement des muscles à action anti tiroir antérieur, c'est-à-dire essentiellement
les ischio-jambiers • Travail de reprogrammation neuro musculaire par le
biais de la proprioception péri articulaire.
En cas de traitement chirurgical,
l’immobilisation est de plus en plus courte, voire quasi nulle, sauf dans le cas
des plasties aux tendons de la patte d’oie ( DIDT). Dans ce cas, s’il existe peu
de contraintes liées à une immobilisation prolongée, le siège du prélèvement musculaire,
créant une zone de faiblesse, impose parfois une grande prudence dans le travail
de récupération musculaire, en particulier au niveau des ischio-jambiers. Quant
au gain d’amplitude, il sera réalisé en secteur protégé de façon à ne pas soumettre
le transplant à des contraintes excessives, les délais de sécurité étant en partie
liés aux techniques d’ancrage, avec une cicatrisation obtenue en 6 semaines pour
une fixation os-os (par le biais de baguettes osseuses) et en 12 semaines pour
une fixation tendon-os. Bien entendu, la récupération fonctionnelle sera d’autant
meilleure que le délai lésion-chirurgie sera important (au moins quelques semaines),
afin de se laisser le temps d’obtenir un genou quasiment sec, avec des amplitudes
proches de la normale et une bonne trophicité musculaire.
Le gain
d’amplitude articulaire On progresse sans réserve entre 0° et 120° de
flexion en rotation neutre ou externe. Le recurvatum est bien entendu évité, mais
la recherche de l’extension complète est souvent recherchée en post opératoire
précoce car celle-ci semble diminuer le risque de raideur et les douleurs antérieures
du genou, sans pour autant augmenter le risque de rupture secondaire du transplant.
Le gain d’amplitude est favorisé par la déambulation, y compris entre
2 cannes anglaises, mais est parfois très soulagé voire différé dans le cas d’une
plastie au DIDT.
Les orthèses post opératoires rigides peuvent être
un appoint intéressant en cas d’hyperlaxité constitutionnelle ou dans le cadre
d’une chirurgie par DIDT. Elles seront alors conservées 3 à 6 semaines.
Les techniques de gain d’amplitude en extension sont les suivantes :
• Travail excentrique doux précédé d’une contraction statique, ou travail type
contracté relâché des ischio-jambiers, si réaction de défense de ces muscles (non
réalisable si plastie de type DIDT).
• Etirement musculaire progressif • Auto postures progressives, passives,
répétées chaque heure.
Les techniques de gain d’amplitude en flexion sont les suivantes :
• Massages périrotuliens • Rodage actif sur skate
• Mobilisations actives guidées douces de la rotule • Autopostures
• Arthromoteur (kinetec)
Le réveil musculaire Il est assuré
par le retour à la déambulation, éventuellement sous couvert de 2 cannes anglaises.
Les cocontractions statiques ischio jambiers et quadriceps peuvent dans tous les
cas être rapidement débutées, y compris sous immobilisation, en respectant un
angle de flexion du genou de plus de 30° afin d’éviter toute contrainte de translation
antérieure, nocive pour le transplant. Elles sont associées à un travail de mobilité
des orteils.
Par la suite, un travail sur stepper ou vélo d’appartement est proposé.
Le travail de demi-squat est préféré au squat complet. En fonction de l’inclinaison
du tronc, on recrutera préférentiellement les ischio-jambiers et fessiers ou le
quadriceps. Le travail dynamique doux des ischio-jambiers sera débuté à 3 semaines
de l’intervention en cas de prélèvement de ces muscles.
Enfin, le travail
en chaîne ouverte du quadriceps sera proposé au-delà de 60° de flexion du genou,
afin d’annuler toute composante de translation antérieure, mais pratiqué toujours
avec parcimonie en raison du risque de douleurs provoquées de l’appareil extenseur.
L’intérêt de l’électrostimulation dans la récupération musculaire
: Son intérêt est controversé. En cas d’immobilisation, cette technique
n’empêche pas la fonte musculaire progressive, mais semblerait ralentir les changements
biochimiques au sein du muscle . Une fois que le muscle est bien réveillé, son
intérêt réside dans la faible proportion de lésions inflammatoires associées à
son usage. Toutefois, son efficacité semble identique voire moindre sur la récupération
musculaire que les contractions volontaires selon une revue de la littérature
récente. Enfin, la pratique de l’électrostimulation nécessite un positionnement
rigoureux des électrodes, mais aussi du genou pour prévenir toute translation
antérieure du tibia, nocive au transplant.
La reprogrammation neuro
musculaire Les ischio jambiers étant les principaux muscles à action anti
tiroir antérieur, ils sont travaillés en priorité sur le plan proprioceptif, par
le biais d’un gros ballon gonflable ou d’un tabouret en position assise, d’abord
en décharge puis en augmentant progressivement la charge. Ce travail est
complété par un travail en équilibre sur le membre inférieur, en accentuant progressivement
les contraintes (de l’auto déséquilibre vers le déséquilibre provoqué par le thérapeute,
du sol stable vers le sol instable). Pour les skieurs, un travail chaussures de
ski aux pieds est proposé sur sol instable de façon à « bloquer » la cheville
et se diriger vers une stratégie d’équilibration incluant le genou et la hanche.
Le travail en appui monopodal en charge totale ne sera pas débuté avant
le 45ème jour post opératoire pour une plastie au tendon rotulien, et
avant le 60ème jour pour une plastie aux tendons de la patte d’oie.
Enfin, un travail identique est proposé dés le 2eme mois pour le genou
sain, afin d’éviter un éventuel « déconditionnement » proprioceptif
des autres articulations.
Le maintien de la condition physique du sportif blessé
Cet aspect de la rééducation, très souvent oublié, est pourtant essentiel
pour envisager le retour sur le terrain du sportif ou de l’homme actif
blessé.
En période post opératoire immédiate ou d’immobilisation, un travail
sur cycloergomètre à bras est proposé à raison de 3 séances par semaine,
de type intermittent. Le travail est basé sur un contrôle de la fréquence
cardiaque monitorée soit par l’usage des valeurs de seuils déterminées
en pré-accident par une VO2 max. directe sur tapis de course, majorés
de 10 à 15%, soit par la détermination d’une évaluation directe de VO2
Max sur ergocycle à bras. La cadence de pédalage proposée est alors
de 70 tours/min, et la résistance calibrée en fonction des objectifs
souhaités.
Puis, dés que la cicatrice le permet, un travail de course en piscine
chauffée à 33°C alternant avec des mouvements de bras dans l’eau est
proposé de façon à maintenir voire améliorer la puissance maximale aérobie
développée par le sujet. A 2 mois post opératoire, on introduit le travail
sur vélo d’appartement pour un travail aérobie plus classique.
Le maintien du niveau technique
Peu de temps après l’accident peuvent être proposées d’une part un soutien
psychologique toujours utile durant cette période d’incertitude que
constitue la blessure et le cortège de doutes qui l’accompagne, d’autres
part un travail d’imagerie mentale dont le but est de conserver les
engrammes moteurs acquis à l’entraînement. L’imagerie mentale consiste
à imaginer une action motrice en dehors de toute action effective.
Même si l’explication du phénomène est encore discutée, les études montrent
un bénéfice certain à pratiquer ce type d’entraînement mental quand
l’entraînement physique est impossible .Toutefois, elle ne s’adresse
qu’à des sportifs très à l’écoute de leurs sensations, et ne saurait
être bénéfique chez le sportif.
Le retour aux activités physiques adaptées
Celles-ci seront débutées sur un genou non inflammatoire et présentant
de bonnes amplitudes. Les activités avec appui des 2 pieds au sol nécessitant
un ajustement de l’équilibre fréquent sont préférées, et débutent en
général à partir de J60 post opératoire. Elles débutent par des montées
d’escalier dans l’axe, un trottinement sur terrain plat, et se terminent
en fin de rééducation par des éducatifs du sport de prédilection.
Le footing est classiquement autorisé dés 4 mois post opératoire, sur
un genou sec et non douloureux (attention à l’appareil extenseur), avec
une récupération musculaire correcte. La reprise doit être très progressive,
au mieux débutée en piscine ou sur vélo elliptique, puis de durée et
d’intensité progressive. Si les conditions locales ne permettent pas
de faire en course à pieds un travail de qualité, le développement foncier
sera alors maintenu sur cycloergomètre. Durant la même période, le travail
pliométrique léger, ébauché au 3eme mois en bipodal, est intensifié.
Le travail pliométrique unipodal est introduit très progressivement
uniquement au 5eme mois post opératoire, toujours dans l’axe.
La pratique du vélo sans cale pieds ou de la natation hors brasse est
permise en règle à 2.5 ou 3 mois post opératoire, en augmentant là aussi
très progressivement la durée des séances. Tout sport avec pivot du
pied est contre indiqué avant 6 mois post opératoire, et une excellente
récupération musculaire et proprioceptive.