REEDUCATION
DE L'ALGODYSTROPHIE Docteur Ivan PROTHOY
Aussi appelée
syndrome douloureux régional complexe, il s’agit d’un syndrome douloureux se développant
localement après un évènement douloureux, de façon disproportionnée par rapport
à l'évènement initial et ne restant pas limité au territoire de projection d'un
nerf périphérique. L’algodystrophie peut survenir à tout âge, y compris chez
l ’enfant. Toutefois les formes féminines semblent un peu plus fréquentes. Le
syndrome douloureux touche les membres inférieurs dans 60% des cas et les membres
supérieurs dans 40% des cas. Les extrémités distales sont le plus souvent atteintes,
soit la cheville et le pied, soit la main et le poignet. Mais les formes multifocales
ou récidivantes sont possibles.
Comment se manifeste l’algodystrophie ?
Dans la forme typique, elle associe : 1. Des troubles vaso
moteurs et sympathiques : hypersudation, rougeur locale, chaleur, douleur
imprécise mais souvent très importante, œdème des extrémités, modification des
ongles et des poils (cf. image 1) 2. Des troubles moteurs : raideur
des articulations 3. Des troubles sensitifs : douleur au simple effleurement
de la peau
L’ensemble de ces signes apparaissent disproportionnés
par rapport au traumatisme initial, parfois insignifiant, et évoluent
classiquement en 3 phases :
1. Une phase « chaude » avec
tous les signes de l’inflammation ; celle-ci apparaît quelques jours à quelques
semaines après le traumatisme 2. Une phase scléro
atrophique, non douloureuse mais source de raideur. Elle s’étale sur 3 à 6 mois
mais peut survenir d’emblèe. La douleur s’améliore, et la peau en regard devient
froide et bleuâtre. 3. Une phase séquellaire de
récupération lente à très lente s’étalant sur 6 à 18 mois. Mais l’on constate
souvent des évolutions tronquées.
Les causes :
• TRAUMATISMES
: 50% des cas • Fractures des membres, surtout extrémités ( 20 à 30 % des
cas): Pouteau-Colles par exemple. • Traumatismes souvent mineurs ( entorses,
contusion, arthroscopie, examen invasif ….) • immobilisation prolongée, plâtrée
ou non • Thoracotomies • Pathologies vasculaires: hémiplégie, infarctus
du myocarde ( membres supérieurs) • Tumeurs malignes ( membres supérieurs)
• Grossesse et post-partum ( hanches ) • Maladies métaboliques : diabète,
hyperthyroïdie ( les 2 épaules), éthylisme chronique, dyslipidémie • Infection
(panaris, pasteurellose), zona • Causes iatrogéniques : isoniazide, éthambutol,
phénobarbital, inhibiteurs des protéases, ciclosporine ( épaules) ; chirurgie
tumeur du sein et radiothérapie locale ( épaule du même côté) • Pas de causes
retrouvées dans 1/3 des cas
Les examens complémentaires :
Ils
sont utiles au diagnostic différentiel. En effet, si l’aspect clinique suffit
à affirmer le diagnostic dans les cas complets, les évolutions incomplètes ou
tronquées peuvent faire errer le médecin. 1)
La radiographie (cf. image 2) Après quelques semaines d’évolution, l’aspect de
l’os est pommelé ou semble manquer de calcium (transparence anormale). Des clichés
comparatifs entre un os atteint et l’os controlatéral est souvent utile car les
signes peuvent être très discrets. La radiographie élimine notamment un problème
rhumatismal. 2) la scintigraphie (cf. Image
3) Effectuée à l’aide d’une injection vasculaire de Technétium, elle permet de
faire le point sur l’étendue de la maladie mais ne permet de poser un diagnostic
formel. 3) IRM (cf. image4) Elle peut être
utile en dernière intention quand les examens précédents sont difficiles d’interprétation.
Elle montre un œdème osseux non spécifique en phase chaude, mais cet examen est
normal en phase froide. 4) Bilans biologiques
Ils sont tous normaux. Ils permettent d’éliminer d’autres pathologies (tumeur,
maladie rhumatismale, infection)
Le traitement :
1) Médicaments
• Les antalgiques essentiels et constituent la base incontournable du traitement
(selon le type de douleur nociceptive, neuropathique …..). Ils doivent être prescrits
à dose suffisante. • Les anti inflammatoires stéroïdiens ou non peuvent avoir
un effet intéressant • La Calcitonine : elle peut être utilisée en mésothérapie.
Elle ne devrait plus être utilisée en injection sous cutanée en raison de ses
nombreux effets indésirables (avis des experts AFSSAPS) • Les antidépresseurs
(Laroxyl, Anafranil)ou anxiolytiques peuvent être utilisés. • Les anticonvulsivants
(Neurontin, Rivotril) sont très souvent efficaces • Certains biphosphonates
(Aredia) sont utilisés en cas d’échec des thérapeutiques précédentes, en intra
veineux. • Dans certains cas, des infiltrations locales de corticoïdes injectées
sous pression peuvent donner d’excellents résultats sur la douleur et la récupération
de la mobilité, en particulier en phase froide. C’est en particulier le cas pour
une forme particulière d’algodystrophie : la capsulite rétractile de l’épaule.
2) Rééducation Elle est surtout utile en phase froide (raide). En
phase chaude, seul le repos est efficace. Diverses méthodes peuvent être employées
: – Décharge aux membres inférieurs à discuter selon les cas et la douleur
– Mobilisation précoce et indolore, progressive – Cryothérapie, balnéothérapie,
bains écossais …. – Se limiter aux mobilisations passives indolores, en particulier
en balnéothérapie – position proclive au repos – massages à type d ’effleurements
réflexes et de drainage veino lymphatique – psychothérapie
Evolution de la maladie :
• Guérison sans séquelle dans 85% des cas • Plus
rapide aux membres inférieurs : 6 mois à 1 an • Cas particulier de la hanche
: 6 mois en moyenne mais récidive dans près de 50% des cas sur l'autre hanche
dans les années suivantes • Aux membres supérieurs : parfois 2 ans avant d’obtenir
la guérison. |