|
| EPIDEMIOLOGIE
DES TRAUMATISMES EN TENNIS Docteur Ivan PROTHOY
Inventé au XIXéme siècle par les Anglais, le tennis
fait de nombreux adeptes en France avec plus d’un million de licenciés,
et fait vibrer les foules lors des innombrables tournois auxquels se
livrent nos champions aux quatre coins de la planète. Cependant, il
faut bien garder à l’esprit que ce sport complet est exigeant sur tant
sur le plan de l’appareil locomoteur que de l’appareil cardio-vasculaire.
Ces innombrables démarrages et arrêts brusques, entrecoupés de sprints
courts et parfois de bonds ; ces sautillements incessants et ces pas
chassés afin de se placer toujours au mieux pour frapper la balle, et
découvrir le meilleur angle, sont responsables à eux seuls de nombreuses
lésions, d’autant qu’un match peut durer longtemps. Le matériel lui-même
engendre d’importantes contraintes. Tous ces éléments concourent au
développement d’une pathologie spécifique ou non, relativement fréquente
(3 à 5 lésions pour 1000 heures de jeu). Mais si, comme toujours, l’âge,
le manque de préparation physique et d’échauffement sont des facteurs
péjoratifs; le terrain de jeu est aussi impliqué dans la survenue des
traumatismes.
1. Influence
du terrain Une étude de Nigg et Denoth, portant sur 1003 joueurs, nous
apprends que les terrains durs (Ciment : 3,9 blessures par heure et par semaine)
sont certainement plus traumatisants que la terre battue (0,5 blessures par heure
et par semaine). Mais plus encore que la dureté du sol, c’est la possibilité de
glisser sur la surface qui semble être déterminante. Ainsi, une terre battue synthétique
est beaucoup moins traumatisante qu’un terrain en ciment ou recouvert de moquette.
Dans certains mouvements, les membres inférieurs encaissent jusqu’à 3 fois le
poids du corps. La « glissance » du terrain, en répartissant un appui puissant
sur une durée supérieure, diminue les contraintes articulaires. Toutefois, la
durée des échanges sur terre battue (10 à 30 minutes par heure de jeu) est nettement
supérieure à ce que l’on observe sur d’autres surfaces (5 à 14 min/h pour l’herbe).
le rebond s’en trouve aussi modifié, et donc toute la tactique de jeu. Bien entendu,
un allongement de la durée effective de jeu favorise les lésions de surmenage.
2. Fréquence des lésions Sur une enquête nationale portant
sur 565 consultations de joueurs de tennis tout venant, menée par les laboratoires
Menarini, nous retrouvons pour différentes régions anatomiques les taux de lésions
suivants : • Tête et cou : 11% • Membre supérieur : 23% • Membre
inférieur : 38% • Tronc : 26% Une analyse plus fine de la traumatologie des
sportifs de loisir nous conduit aux observations suivantes
3. Lésions rencontrées au cours de la pratique du tennis de loisir
* Le coude est l’articulation la plus fréquemment atteinte (35% des lésions chez
le joueur de loisir ou chez les moniteurs de tennis). Nous rencontrons l’incontournable
tennis elbow(déclenché par le revers et le service), mais aussi, et dans une moindre
mesure, le golf elbow(déclenché par le coups droit et le service). Les défauts
techniques (frappe de balle non accompagnée, effets mal maîtrisés, balle mal centrée
dans le tamis,…) et matériels (manche de raquette inadapté ou glissant, tension
de cordage trop élevée, jeu de balles dépareillé,…) sont le plus souvent en cause.
* L’épaule, fréquemment touchée chez les professionnels (50% des lésions),
arrive en deuxième position chez les sportifs de loisir (16% des lésions). Le
service est le principal responsable, suivi par le coups droit lifté. Selon les
phases du mouvement, la topographie des lésions change : Les conflits antéro-supérieurs,
qui évoluent naturellement vers la rupture de coiffe, sont liés à la fin du geste.
Les conflits postéro-supérieurs sont liés à l’armer. Les épaules douloureuses
par laxité acquise souffrent de l’armer à la fin du geste. Les épaules neurologiques
sont déclenchées par l’armer et la fin du geste. * Le rachis est exposé aux
microtraumatismes, et fait souffrir les joueurs dans 12% des cas observés (contre
30% chez les professionnels). C’est le rachis lombaire qui est le plus exposé,
notamment au cours du service et du smash, du fait de la cambrure adoptée à l’armer
du bras. La recherche d’un effet lifté, avec un lancer de balle un peu plus postérieur,
sera donc d’autant plus nuisible. Un service slicé entraîne au contraire des contraintes
en flexion et rotation, nuisible pour les disques intervertébraux. De même, les
surfaces rapides sont plus nocives pour le dos (14% de lombalgie sur surface dure
contre 2% sur terre battue), car la frappe de balle s’effectue plus souvent de
face avec rotation du buste. On observe essentiellement des dérangements intervertébraux
mineurs, et des lyses isthmiques. * Le genou est atteint dans 11% des cas.
Les tendinites de l’appareil extenseur (quadriceps, tendon rotulien) et les syndromes
rotuliens sont les causes les plus fréquentes. Sur terrain non glissant, les entorses
sont aussi fréquentes. * Les lésions musculaires du mollet sont aussi fréquentes,
si bien que l’on a baptisé une lésion de tennis leg, survenant lors d’une impulsion
ou d’un démarrage brutal. * Les lésions de la cheville et du pied sont aussi
très fréquentes (11%). On retrouve : les entorses de cheville, d’autant plus fréquentes
que l’on joue sur terrain non glissant ou irrégulier (terre battue mal entretenue)
; les tendinites, voir les ruptures, du tendon d’Achille (sur impulsion ou démarrage
brutal) ; les lésions d’aponévrose plantaire (sur impulsion ou démarrage brutal)
et les lésions des os sésamoïdes (causées par les pivots sur l’avant-pied).
* Les lésions du poignet sont répertoriées dans 6% des cas. Le tendon du muscle
cubital postérieur est exposé lors du coups droit ou du revers à 2 mains ; d’autres
lésions plus ou moins spécifiques des sports de raquette sont rencontrées (fracture
de fatigue de l’os crochu, instabilité du poignet, souffrance du ligament triangulaire,
tendinite de De Quervain). * Les lésions du bassin et de la hanche sont plus
rares (arthrose de hanche, pubalgies, lésions des muscles ischio-jambiers). 3.
Conclusion L’analyse de cette longue liste de pathologies met en évidence l’extrême
fréquence des lésions d’origine musculaire et ligamentaire. Nombre d’entre elles
pourraient être évitées par un échauffement approprié, la pratique d’étirements
réguliers, une hydratation correcte durant la partie et la correction d’éventuelles
erreurs techniques.
4. Pour en savoir plus
PARIER J. Technopathies
du tennis. Printel Ed., Paris, 1992, 160p. COUSTEAU J.P. Médecine du tennis. Masson
Ed., Paris, 1999, 288p.
|