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EPIDEMIOLOGIE DU SURF DES NEIGES
Docteur Ivan PROTHOY

Le surf des neiges, ou snowboard, est devenu un des sports de glisse les plus «à la mode » ces dernières années. Connu maintenant de tous, et pour cause, cette planche unique fixée sous les pieds de diverses manières est omniprésente dans les stations de ski françaises.
En 1997, certaines stations enregistraient prés de 25% de surfeurs sur les pistes, chiffre qui ne cesse d’augmenter. Apparu il y a quelques dizaines d’années en Californie, dérive du surf aquatique, le snowboard a considérablement évolué, se scindant en plusieurs écoles ou styles. Le style libre (ou free-ride) consiste à dévaler les pentes en exploitant au maximum les caractéristiques du terrain (courbes dans les combes, sauts de barres rocheuses, …).

Il est la synthèse de deux autres disciplines divergentes :
le style alpin(ou free carve), qui se pratique sur piste damée, et consiste à pratiquer des virages serrés, le corps s’inclinant dans les courbes, et évoquant les descentes de slalom ; le style acrobatique (ou free style) qui s’apparente beaucoup au skate board, avec ses pipes (immenses U sur lesquels évoluent les surfeurs d’une berge à l’autre), ses bosses. Ce style est très aérien, et les réceptions de sauts sont parfois douloureuses.

1. Les contraintes
Quel que soit le style, les pieds sont fixés solidement sur une planche unique, et en travers par rapport à l’axe de la descente. Il en découle des contraintes importantes en torsion de tout le haut du corps, afin de placer la tête dans le «bon sens ». La répartition des contraintes dépends en fait du matériel employé. Les pratiquants issus d’une culture surf et skate board chaussent en général des bottes plus ou moins souples sanglées sur la planche, ou plus récemment fixent la semelle à même la planche grâce à des ergots rigides. Ce type de chaussage permet une liberté importante du pied et de la cheville.
En revanche, les pratiquants issus d’une culture alpine s’orientent plus volontiers vers des chaussures rigides type ski alpin, maintenues par des fixations métalliques sans aucun système de sécurité en cas de chute. La cheville et le pieds sont ici bloqués, d’où des contraintes plus marquées au niveau du genou et de la hanche. Le fait que les deux pieds soient solidaires protège en quelques sortes les membres inférieurs, et notamment le genou, par rapport au ski alpin. En revanche, l’équilibre y est plus précaire, et s’apparente au cycliste avec les pieds coincés dans les cale-pieds.
Les chutes sont donc fréquentes, avec un impact au sol d’autant plus important que la partie du corps considérée en est plus éloignée. Les membres supérieurs, protégeant la tête, sont donc particulièrement exposés. Toutefois, dans certaines situations (avancée sur le plat sans élan, prise de téléski ou télésiège, sauts acrobatiques), le surfeur déchausse le pieds arrière, et se retrouve en équilibre sur la jambe avant. Dans ces conditions, le genou du pied chaussé est particulièrement vulnérable, et le couple de rotation s’exerçant à son niveau est énorme.

2. Répartition des traumatismes (cf. Graphiques 1 et 2)




Selon une étude autrichienne portant sur 2579surfeurs en 1996/97, le risque de traumatisme est de 10,6 pour 1000 surfeurs et par jour. Selon les statistiques des Médecins de Montagne en 1998, 20% des blessés sur les pistes sont des surfeurs. On constate d’emblée un léger sur-risque par rapport au ski alpin, qui doit être pondéré pour trois raisons :
• D’une part, le nombre de débutants est beaucoup plus élevé en snowboard qu’en ski alpin (effet de mode oblige), hors la première semaine de pratique, et tout particulièrement la première demi-journée d’apprentissage, sont les périodes les plus à risques (51% des accidents répertoriés ont lieu la première semaine, et 3,5% la première demi-journée).
• D’autres part, la population des surfeurs est jeune (moyenne d’âge de 21 ans) et insouciante. La prise de risque y est plus marquée qu’ailleurs, et fait presque partie intégrante de la culture surf.
• Enfin, les traumatismes graves sont plus rares qu’en ski alpin. Les surfeurs hospitalisés à l’hôpital-Sud de Grenoble représentent 11,5% des accidentés, avec seulement 2% de lésions graves (contre 11,7% en ski de piste). En fait, en dépit des nombreuses polémiques entretenues sur le sujet, il semble que les collisions soient moins fréquentes en surf (6,5%) qu’en ski alpin (17%).

Répartition des lésions en snowboard chez l'adolescent Répartition des lésions en snowboard chez l'adulte (saison 1997 - 1998)
* Le membre supérieur est le plus souvent touché (de 57% à 61% selon les séries), suivi par les membres inférieurs (21 à 36%).
* Le poignet et l’extrémité inférieure de l’avant bras sont le plus souvent exposées (de 16% chez l’adulte à plus de 50% chez l’enfant). L’étude autrichienne rapporte le taux de 32% de lésions à ce niveau chez l’enfant, dont plus des deux tiers sont des fractures déplacées. 67% des traumatismes du débutants lors de la première semaine concernent le poignet. Le mécanisme est la chute sur un poignet étendu pour se rattraper, et non protégé. En effet, les études montrent que le port de protection de poignet diminue par 4 le risque de fracture.
* La main arrive en 2éme position totalisant prés de 20% des lésions, dont 3% d’entorses du pouce (au niveau de l’articulation métacarpophalangienne). Par ailleurs, les entorses et fractures des doigts longs et de la main sont fréquentes, notamment en raison du port de protection de poignet inadaptée.
* L’épaule et son voisinage est atteinte dans 10% des cas. Les chutes directes sur le moignon de l’épaule, ou indirecte avec tentative de réception sur un bras étendu, entraînent des fractures de la clavicule et des entorses acromio-claviculaires. Les luxations d’épaule apparaissent aussi relativement fréquentes.
* Les lésions de la tête et du cou, sous forme de traumatismes crâniens et d’entorses cervicales, surviennent dans 11% des cas. Dans de rares cas, ces traumatismes sont graves. La violence des chutes qui surviennent par faute de carre, sans déséquilibre préalable, et les réceptions de saut hasardeuses sont les principales sources de lésion à ce niveau.
* Le genou est lésé dans 8% à 16% des cas selon les études, mais généralement, seul le ligament latéral interne est touché, d’où des entorses douloureuses mais peu graves. Les lésions des ligaments croisés sont répertoriés chez 1% seulement des adultes, et 0,2% des enfants. Les pratiquants utilisant des chaussures rigides y sont plus exposés, et en particulier les débutants qui utilisent des chaussures de ski pour débuter en surf (qui sont nettement plus rigides que les chaussures de surf alpines).
* La cheville et le pieds sont touchés dans 7% à 12% des cas. Les entorses de cheville touchent aussi bien les pratiquants en botte souple ou en chaussure rigide. En revanche, les entorses du pied ne sont retrouvées qu’avec l’usage de bottes souples, de même que certaines fractures de l’astragale qui semblent relativement spécifiques.

3. Conclusion
La pratique du surf en soi ne semble pas plus dangereuse que le ski. En revanche, le débutant est particulièrement exposé aux traumatismes, d’autant plus qu’il utilise des chaussures de ski ou qu’il omet de porter des protections de poignet et un casque. Par ailleurs, l’état de la neige est particulièrement important, car la pratique du snowboard sur neige fraîche ou poudreuse entraîne une diminution du risque lésionnel de deux tiers.

 

Les muscles utilisés en surf des neiges
Par le Dr PROTHOY Ivan

Les muscles les plus utilisés sont les muscles des membres inférieurs et du tronc.
• En ce qui concerne les membres inférieurs, un effort important est demandé aux muscles de la cuisse : quadriceps et ischio-jambiers. Les muscles fessiers assurent la transmission des efforts des membres inférieurs au tronc, et sont donc très sollicités. Les muscles de la jambe sont aussi mis à rude épreuve, d’autant plus que des bottes sont employées comme moyen de chaussage. En effet, chaque courbe se fait en appui soit sur les orteils, soit sur les talons.
• Les muscles paravertébraux, que l’on retrouve du sacrum à la nuque, sont aussi très sollicités du fait de la flexion antérieure quasi-permanente du tronc. Les abdominaux et les muscles obliques de l’abdomen procurent le gainage indispensable à l’enchaînement des virages, et sont à ce titre fort sollicités.
• Chez le débutant, le passage de la station quadrupéde à la station érigée est relativement long. Les efforts incessants pour se relever quand les deux pieds sont fixés sur une planche sont la source d’efforts importants au niveau des membres supèrieurs.




Préparation physique en surf des neiges
Par le Dr PROTHOY Ivan

Le snowboard est par définition une activité de plein air, qui se pratique en ambiance froide et le plus souvent sèche (l’hygrométrie baisse avec l’altitude), et dans un milieu où la distinction du relief est souvent mal aisée (réverbération entraînant une luminosité insupportable sans protection, couleur du ciel se confondant parfois avec celle de la neige, vent fort transportant des particules diverses,…). De plus, les vacances d’hiver permettent à des sujets sédentaires de pratiquer un sport exigeant sur le plan physique de façon intensive.

1. Qualités requises
L’équilibre est peut être l’élément essentiel dans ce sport. L’acquisition de schémas corporels efficaces et le travail des réflexes face à une situation de déséquilibre sont indispensables à la pratique du ski. Ce travail nécessite une vigilance importante afin de percevoir, d’enregistrer et de traiter au mieux les informations provenant des différentes voies de perception sensorielles. L’agilité et la synchronisation des mouvements sont dépendantes de l’apprentissage qui a lieu au niveau cérébral. Un système cardio-vasculaire adapté aux efforts d’importance variable, mais capable de récupérer rapidement après un effort intense, est indispensable. Il faut noter que ces efforts ont lieu dans une ambiance appauvrie en oxygène (environ 25% de moins à 3500m), ce qui augmente considérablement l’aspect éprouvant des efforts. De plus, les efforts en situation hypoxique (déficit en oxygène) sont responsables d’une élévation importante de la tension artérielle et du rythme cardiaque. Un bilan cardiologique est donc à prévoir avant de partir à la montagne chez les personnes à risque. L’hypoxie retrouvée en altitude dés 1500m nous fait par ailleurs déconseiller les séjours au-delà de cette altitude chez la femme enceinte de plus de 3 mois. Le froid pose aussi un problème. Il nécessite une capacité importante d’adaptation, particulièrement les jours de vent (les pertes thermiques augmentent alors considérablement par convection).
Par ailleurs, les mains du surfeur sont le plus souvent posées sur la neige, que ce soit à l’arret, lors d’une chute ou simplement pour le « feeling » dans la descente. Quoi qu’il en soit, les doigts sont particulièrement exposés aux gelures, et les personnes souffrant de troubles de la microcirculation sanguine à ce niveau devront être particulièrement vigilantes. Sur le plan musculaire, la proportion de fibres à contraction lente et rapide doit être assez équilibrée (50-50), sauf chez le compétiteur qui développe de façon plus importante les fibres rapides (efforts intenses sur 60 à 90 secondes).

2. Préparation physique
Sur le plan cardio-vasculaire, un entraînement de fond est bénéfique, pendant lequel on insistera sur les efforts d’intensité variable mais continue, avec récupération active. Un rythme de 2 à 3 séances/semaine est idéal, et sera bénéfique à condition de démarrer le programme d’entraînement quelques mois avant le départ en station. Il faut savoir qu’à une altitude de 1800m, chez un adulte jeune au repos, le pouls augmente d’environ 10 pulsations/min.
Les efforts soutenus seront d’autant moins bien tolérés. Sur le plan musculaire, ce sont bien entendu les muscles des membres inférieurs et du tronc qui sont les plus sollicités. Les membres supérieurs sont surtout utilisés pour le maintien de l’équilibre, et pour se lever après avoir chaussé le surf ;chez le débutant, les courbatures des membres supérieurs sont aussi fréquentes que les chutes, et une préparation particulière peut être envisagée à ce niveau. Le type d’effort demandé pour les membres inférieurs est assez spécifique, puisque les muscles travaillent beaucoup en contraction statique ou dynamique excentrique .

Ce dernier travail est un grand pourvoyeur de contractures et courbatures musculaires, et demande un entraînement spécifique :
• Pour le travail statique, il s’agit de maintenir une position donnée, jambes fléchies, pendant 30 à 120 secondes. Par exemple, on peut s’asseoir dos contre un mur, sans tabouret, et maintenir la position.
• Pour le travail excentrique, il faut insister sur le travail de freination des mouvements. Par exemple, course à pieds en descente, mouvements freinés en musculation avec machine. Les plus motivés pourront entamer un entraînement de type pliométrique , mais qui doit être conduit de façon très progressive, en raison du risque important d’accidents tendino-musculaires. Par ailleurs, les étirements musculaires restent indissociables de la préparation physique. Ils sont le garant d’une bonne souplesse et coordination dans l’exécution des mouvements, et limitent la survenue des accidents musculaires tout en améliorant la récupération.
Enfin, les personnes fragiles sur le plan articulaire au niveau de la cheville ou du genou peuvent bénéficier utilement de quelques séances de kinésithérapie tournées vers les exercices d’équilibre ( montée monopodale sur plateau instable avec et sans chaussure de ski). Le travail de l’équilibre sera entretenu pendant les saisons chaudes par entrainement sur trampoline, surf chaussé, ou par l’utilisation de skate board, wake board , surf nautique…

1 Contraction sans déplacement. Sert à maintenir une position, par exemple en schuss. 2 Contraction avec allongement du muscle. Sert à amortir, à freiner un mouvement contraignant. 3 Entraînement de type enchaînement de bonds.



Matériel et prévention des lésions
Par Dr le PROTHOY Ivan

1. La chaussure
Selon le type de pratique, le surfeur utilise soit des bottes de souplesse variable selon le programme d’utilisation et la qualité de la chaussure, soit des chaussures rigides dérivées du ski alpin mais de coupe adaptée au snowboard. L’essentiel est d’utiliser des chaussures adaptées au surf utilisé, et surtout pas de chaussures de ski, même pour une demi-journée d’essai, en raison d’un sur-risque important. Les orteils doivent rester mobiles dans la chaussure pour permettre une bonne circulation sanguine.

2. Les fixations

Les bottes sont maintenues par un système de sanglage plus ou moins élaboré. L’appui arrière dans les virages de dos par rapport au centre de rotation (dit backside) est amélioré par des contre-appuis rigides bloquant l’arrière de la chaussure. Ceux-ci doivent monter suffisamment hauts sur le mollet pour ne pas blesser la jambe. Les fixations step-in sont constituées d’une botte avec des ergots fixés sur la semelle, permettant un chaussage rapide. Les chaussures rigides sont fixées sur le surf par des systèmes d’arceaux métalliques antérieurs et postérieurs. Des essais de fixations de sécurité ont été mis à l’épreuve, sans grands résultats. Ils ne sont plus commercialisés.

3. La planche de surf
Sa longueur est adaptée à la morphologie du surfeur, et à l’usage prévu. Les planches prévues pour des virages courts sont courtes (de145 à 155 cm) tandis que les planches prévues pour de grandes courbes sont plus longues (de 155 à 170 cm). Les surfs destinés à l’usage en poudreuse sont les plus longs, et peuvent atteindre 200cm, avec des formes rappelant les surfs nautiques. On trouve une ou deux spatules selon l’usage prévu. Les surfs alpins sont très étroits au patin afin de faciliter l’enchaînement des courbes et de réduire les efforts en torsion sur la planche. Il faut particulièrement se méfier des pointures importantes de chaussures. Un appui hors du surf sur neige dur entraîne une chute (la carre ne touche plus la neige), qui peut s ‘avérer dramatique sur terrain raide. En effet, le surfeur n’a plus aucun moyen de s’arrêter puisque les carres, qui constituent l’unique frein potentiel du surfeur, sont tenues éloignés de la neige par l’appui des pieds sur celle-ci. L’usage d’un leash est conseillé afin de ne pas perdre une planche que rien n’arrête une fois lancée dans la pente (par exemple lors d’une maladresse au chaussage).

4. Les gants

Les moufles protègent d’avantage les doigts des traumatismes et sont plus chaudes. L’usage de protections intégrées dans le gant s’est avérée efficace sur la protection des poignets, pourvu que l’appui postérieur sur le dos de la main descende suffisamment bas. Les gants sont un accessoire indispensable pour la pratique du surf, car les mains sont constamment en contact avec la neige, et doivent donc être choisis avec le plus grand soin.

5. Les vêtements

Le principe le plus efficace semble être celui des 3 couches : a) Une couche hydrofuge à même le corps, permettant l’évacuation de la transpiration et séchant rapidement (éviter le coton). b) Une couche intermédiaire riche en bulles d’air (excellent isolant), au mieux une laine polaire. c) Une couche superficielle imperméable et coupe-vent, mais laissant s ‘échapper la transpiration. Un renfort au niveau des genoux et des chevilles sera le bienvenu. Tout pli ou contact écrasant ses surfaces limite l’efficacité du système (port de sac à dos, par exemple).

6. Les protections

L’usage du protège poignet et du casque sont vivement conseillés. Des genouillères et coudières peuvent s’avérer utiles lors des premiers jours.