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EPIDEMIOLOGIE DES TRAUMATISMES EN CYCLISME
Docteur Ivan PROTHOY

Le vélo, au départ simple véhicule, a vite évolué vers un sport à part entière. Et si les heures de gloire du cyclisme sur piste sont passées, d’autres disciplines sont apparues ou bien ont simplement repris le devant de la scène. Le cyclisme sur route est certainement la discipline la plus représentée, et la plus médiatisée, de nos jours. Les plus jeunes sont souvent attirés vers d’autres disciplines « à sensations » et à risque traumatique beaucoup plus élevé, telles que le Vélo Tout Terrain ou le BMX. Dans sa forme sur route (visant à parcourir une distance plus ou moins importante), le cyclisme est un sport peu traumatisant, et l’ensemble des pathologies rencontrées, hors chute, sont liées à un surmenage et le plus souvent à une mauvaise adéquation entre l’homme et sa bicyclette, machine relativement complexe sur laquelle tout, ou presque, est réglable.

1. Les contraintes
Le cyclisme est un sport qui s’exerce en décharge partielle des membres inférieurs. En effet, l’appui sur la pédale correspond en moyenne au tiers du poids du corps. Le pédalage est de plus un mouvement régulier, enchaîné, sans à-coups mais répété un grand nombre de fois. Pour un parcours de 100 km, c’est en moyenne 15 à 20000 tours de pédale qui sont appliqués. Une heure de vélo se traduit par 3500 à 4000 tours de pédale. Dés lors, on comprend qu’un réglage inadapté est nocif par la répétition de contraintes anormales. De plus, si les membres inférieurs sont partiellement soulagés du poids du corps, celui-ci se reporte sur la selle par l’intermédiaire des ischions, source d’une pathologie spécifique. En ce qui concerne le VTT, l’irrégularité du terrain et la position debout sur le vélo afin d’amortir au mieux les chocs, sera responsable d’un travail plus important en intensité des membres inférieurs et supérieurs. Dernier point, le genou est quasiment la seule articulation libre du membre inférieur. En effet, le pied est prisonnier des cale-pied, et la hanche est bloquée sur la selle. C’est donc à ce niveau que se répercutent la majorité des erreurs de réglages.

2. Répartition des lésions (cf. Graph. 1)
Selon une étude américaine durant le printemps et l’été 1994, 20% de la population sort en vélo en promenade. Sur les 1035 cyclistes plus ou moins occasionnels interrogés, 20,2% ont été victimes de traumatismes, soit une prévalance de lésion de 0,9% par mois, ce qui est faible (informations du CDC d’Atlanta).

Selon une étude menée par les laboratoires Menarini, portant sur 257 cyclistes, les lésions concernaient essentiellement le genou (37%)et le rachis (19%). Le genou est fréquemment le siège de tendinites ou de syndromes rotuliens, liés le plus souvent à un surmenage articulaire dans des conditions de travail défectueuse (hauteur de selle à revoir, axe de pédalier faussé, utilisation de braquets trop importants,…). Le rachis est plus souvent le siège de contractures musculaires, à la suite d’une position penchée sur l’avant maintenue pendant longtemps, ce qui surcharge les muscles de la nuque. Le vélo est peu traumatisant pour le rachis lombaire ou dorsal, sauf chez les pratiquants restant en permanence assis sur la selle malgré un terrain chaotique, ou chez ceux dont le matériel est mal réglé.. Les lésions de la main et du poignet (5%) sont sans doute sous-évaluées. Ces régions sont fréquemment le siège de lésions plus ou moins importantes lors des chutes (de même que l’épaule, et tout particulièrement la clavicule), mais aussi de compressions neurologiques au niveau du poignet, du fait d’un appui incorrect des mains sur le guidon. Enfin, les lésions du crâne, si elles sont rares chez l’adulte en cyclisme sur route, représentent plus du tiers des consultations après chute de vélo chez l’enfant, ce qui met en évidence l’intérêt du port du casque, quel que soit l’âge du pratiquant.

3. Conclusion
Le cyclisme en général, et tout particulièrement pratiqué sur route, semble être une activité à faible risque traumatique. Toutefois, les lésions de surmenage y sont fréquentes (25% des lésions rencontrées), et le développement de nouvelles disciplines à fort potentiel traumatique, préférées par les plus jeunes, pourraient dans un avenir proche, modifier considérablement la prévalence des lésions. Le matériel inadapté ( responsable de lésions dans 25% des cas), parfois dangereux en lui-même, est aussi fréquemment impliqué.

4. Pour en savoir plus
DE MONDENARD J.P. Technopathie du cyclisme. Printel-Paris, 1989, 152 p